« Seule à table, face à moi-même »

Manger seule dans un restaurant, peut sembler anodin pour certain, pour d’autre, il n’est pas questions de se retrouver seul avec soit même le temps d’un repas. Dans mon cas, c’est une sensation que j’adore, de manger seule dans un restaurant, il y a une quietude qui m’apaise. Mais dans un autre pays, avec un autre language, c’est un défi. L’anxiété me chuchote à l’oreille : Que vont-ils penser ? Comment vais-je commander? Vont-ils me comprendre? Vais-je avoir l’air ridicule ? Assise à une table pour une, je sens les regards imaginaires peser sur moi. Pourtant, à bien y réfléchir, personne ne m’observe vraiment.

Les premières minutes sont les plus difficiles. Je joue avec mon verre, fais semblant de consulter le menu avec une concentration exagérée, comme si la décision entre des pâtes ou le poisson relevait d’un enjeu crucial. Mon cœur bat un peu trop vite, je prépare mentalement ma commande et je ressens ce vide familier dans mon estomac – pas seulement la faim, mais ce petit vertige de l’inconnu, du regard des autres, de ma propre présence que je ne peux plus fuir.

Et puis, quelque chose change. Mon plat arrive, et avec lui, une vague de réconfort. Je prends ma première bouchée, et soudain, je suis là, pleinement là. Les saveurs explosent dans ma bouche, et mon anxiété, elle, s’efface lentement. Je regarde autour de moi, non plus avec crainte, mais avec curiosité. Les conversations en langue étrangère forment une mélodie de fond agréable. Je m’autorise à savourer, à observer, à être simplement présente.

Il y a une douceur inattendue dans ce tête-à-tête avec soi-même. Un luxe discret. Ce moment, qui me terrifiait tant, se transforme en un instant de liberté. J’apprends, une bouchée à la fois, que la solitude choisie n’est pas un poids mais une légèreté.

En quittant le restaurant, je me sens fière. Peut-être que demain, je choisirai une autre table, un autre plat, un autre silence. Et peut-être qu’avec le temps, ce rituel deviendra un plaisir, non plus malgré moi, mais grâce à moi.

Laisser un commentaire